Le genou est en réalité composé de deux articulations : une articulation fémoro-tibiale, avec un compartiment médial et un compartiment latéral, et une articulation fémoro-patellaire (avec la rotule). Les contraintes mécaniques sont importantes : il faut à la fois autoriser flexion, extension et rotation, pour permettre des mouvements complexes tel que marcher, courir, grimper, monter ou descendre des escaliers, et en même temps supporter un poids important : celui de presque tout votre corps (lors de l’appui monopodal), auquel s’ajoute le poids des objets que vous portez. Malgré la robustesse de cette articulation, ces contraintes en font une site fréquent de douleurs.
L’arthrose du genou, ou gonarthrose, est une maladie dégénérative touchant une ou plusieurs de ces articulations. Maladie dégénérative, cela veut dire qu’il se produit une dégradation progressive de cette articulation. Lorsque les sollicitations dépassent les capacités de réparation, une destruction du cartilage, la structure qui se trouve à l’interface entre deux os, se produit. Une réaction inflammatoire a lieu, ce qui va entretenir la destruction du cartilage. L’atteinte va s’étendre aux structures avoisinants le cartilage : l’os sous-chondral (sous le cartilage), le liquide synovial, la membrane synoviale et la capsule articulaire. La croissance osseuse va également être stimulée, ce qui provoque la création d’ostéophytes. Souvent, la gonarthrose prédomine sur un compartiment, mais une atteinte tri-compartimentale est possible.
Le principal symptôme de la gonarthrose est la douleur. Elle est volontiers d’horaire mécanique, c’est à dire majorée à la station debout, à la marche et à l’effort, soulagée par le repos, ne réveillant pas la nuit en l’absence de mouvement. L’atteinte fémoro-patellaire va être particulièrement douloureuse à la descente des escaliers et en position assise prolongée. Ces douleurs s’accompagnent volontiers d’une sensation de raideur et de craquements. Les symptômes sont habituellement responsables d’une limitation des activités et d’une réduction du périmètre de marche.
La gonarthrose évolue souvent par poussées, c’est-à-dire qu’il existe des périodes d’exacerbation de la douleur. Ces poussées peuvent être inflammatoires, et s’accompagner d’un épanchement articulaire.
Devant une symptomatologie évocatrice, des radiographies standards permettent de confirmer le diagnostic. On retrouve les signes en rapport avec la destruction de l’articulation :
Des examens complémentaires (prise de sang, IRM, ponction articulaire, …) peuvent avoir un intérêt dans des situations particulières, notamment en cas de doute diagnostic. Néanmoins, ils ne sont pas réalisés devant une atteinte typique.
L’objectif du traitement va être de soulager vos douleurs, vous permettre de conserver ou regagner votre autonomie et un périmètre de marche satisfaisant. Lorsque cela est possible, il visera également à ralentir l’évolution de la destruction articulaire.
En association aux mesures non pharmacologiques, des médicaments peuvent être utiles pour réduire les douleurs, en particulier pendant les poussées. Ce traitement sera adapté à vos douleurs, au nombre d’articulations atteintes, aux autres pathologies que vous pouvez avoir. Il pourra inclure des antalgiques de pallier I. Des antalgiques plus puissants peuvent parfois être prescrits, en évitant autant que possible les morphiniques qui présentent des effets indésirables.
Les médicaments anti-inflammatoires non stéroïdiens, en systémique (par voie orale) ou local (gel, crème, emplâtre, …) peuvent avoir un intérêt en cure courte, en particulier pendant les poussées inflammatoires.
À ce jour, il n’y a pas de médicament ayant fait preuve d’efficacité pour ralentir ou réparer la destruction articulaire.
Lorsque le traitement médical n’est pas suffisant, le traitement interventionnel peut avoir un intérêt.
L’infiltration consiste à ponctionner l’articulation à l’aide d’une aiguille fine après avoir fait une anesthésie locale efficace, pour y injecter localement un médicament. Il s’agit en général d’un médicament anti-inflammatoire. Une injection d’acide hyaluronique (non remboursé par la sécurité sociale) est également possible. La ponction peut être faite avec des repères anatomiques, ou bien sous guidage de l’imagerie afin d’être certain du bon positionnement de l’aiguille.
Le médicament anti-inflammatoire va permettre de lutter contre l’inflammation locale de façon efficace, en limitant les effets systémiques. Ce traitement est particulièrement adapté pour les poussées douloureuses d’une seule articulation.
Cette procédure dure une quinzaine de minutes, et se fait en externe. Les risques liés à une infiltration sont très faibles.
L’embolisation des artères géniculées (artères alimentant le genou et permettant la réaction inflammatoire), est une procédure mini-invasive pratiquée depuis une dizaine d’années dans le traitement de la gonarthrose résistante au traitement médical. Cette procédure est réalisée par un radiologue interventionnel expérimenté. Elle consiste à insérer un cathéter de petite taille (en général 1,3 mm de diamètre) dans une artère du pli de l’aine après une anesthésie locale efficace et/ou sédation. Depuis cette artère, sans faire de nouvelle ponction, le cathéter va être dirigé vers les différentes artères alimentant votre arthrose du genou. Les vaisseaux pathologiques qui entretiennent votre inflammation vont être identifiés à l’aide de l’injection d’un produit de contraste iodé. Ils vont enfin être occlus transitoirement par l’injection d’un agent embolique.
Cette occlusion transitoire va permettre à la fois de fermer le robinet nécessaire à l’autoentretien de votre inflammation, et également d’éteindre la prolifération de fibres nerveuses créées par l’inflammation chronique, qui sont responsables d’une hypersensibilité à la douleur. Le fait que cette occlusion soit transitoire est suffisant pour améliorer vos symptômes, tout en garantissant que vos organes sains ne seront pas privés d’oxygène et de nutriments.
Cette intervention est indolore et ne laisse aucune cicatrice. Elle se réalise habituellement en unité de chirurgie ambulatoire, c’est-à-dire que vous ne passerez pas la nuit à l’hôpital. Il est possible que vous ayez une exacerbation transitoire et modérée de vos symptômes pendant 24 à 48h après la procédure, qui ne doit pas vous inquiéter.
Les bénéfices attendus de cette procédure sont une diminution importante de vos douleurs, une amélioration de votre autonomie. Un essai randomisé contrôlé publié en 2022 par deux équipes américaines a montré une réduction très importante de la douleur, passant d’un score moyen de 8/10 à 3/10 en seulement 1 mois, alors que le placebo (traitement fictif, simulé) ne montre pas de réduction de la douleur. Cette diminution de la douleur était prolongée pendant toute la durée de l’étude, soit 1 an.
Une étude publiée en 2024 par une équipe de Los Angeles avec un suivi plus long, pendant 24 mois, montre que la réduction de la douleur est prolongée dans le temps. Par ailleurs, la réalisation de cette procédure ne ferme pas la porte à une nouvelle embolisation ou à une chirurgie, si celle-ci devenait nécessaire par la suite.

Angiographie d'une artère prostatique, étape préalable à l'embolisation et réalisée juste avant cette dernière. Les vaisseaux apparaissent en gris foncé / noir. Cette étape permet de vérifier le bon positionnement du cathéter, et s'assurer que seule la prostate est alimentée par les vaisseaux qui vont être occlus.
L’innervation sensitive de l’articulation du genou est assurée par des branches des nerfs sciatique, obturateur, et fémoral. La neurolyse consiste à détruire ces terminaisons nerveuses sensitives véhiculant le message douloureux. Des aiguilles spéciales sont positionnées au contact de ces terminaisons nerveuses, puis sont utilisées soit pour créer un glaçon (on parle alors de cryoneurolyse), soit pour envoyer des ondes de radiofréquence. L’action thermique sur les nerfs à proximité va les détruire. Cela entraîne une diminution importante de la douleur, comme le montre un essai randomisé contrôlé publié en 2019 par des équipes américaines.
Cette technique mini-invasive se fait sous anesthésie locale ou sédation légère, en ambulatoire, avec un risque faible de complication.
Lorsque le traitement médical et mini-invasif sont en échec, le traitement chirurgical prend toute sa place. Il s’agit en général de la pose d’une prothèse de genou, qui permettra de remplacer le ou les compartiment(s) de l’articulation qui sont lésés par une arthrose avancée. Le traitement chirurgical, bien qu’invasif, est très efficace dans la réduction des douleurs et la récupération de la mobilité.
Cette intervention se fait au cours d’une hospitalisation courte de quelques jours, sous anesthésie générale ou rachianesthésie. Une rééducation d’environ 6 semaines est nécessaire au décours.
Votre chirurgien orthopédique sera plus à même de vous renseigner sur ce choix thérapeutique.
Au cours d’une consultation, votre radiologue confirme le diagnostic. Il évalue la sévérité de vos symptômes. Il s’assure de l’absence de diagnostic différentiel. Il vous explique alors les différentes stratégies de prise en charge possibles, et vérifie qu’un traitement médical bien conduit a été entrepris. Si vous êtes éligible, il vous explique le déroulement de l’embolisation, les bénéfices attendus ainsi que les risques encourus. Il s’assurera avec vous que le traitement qu’il vous propose répondra à vos attentes et à la problématique qui est la vôtre. Il répond à l’ensemble des questions que vous poserez. Si besoin, il ajustera vos médicaments. Enfin, en fonction de votre situation, il pourra vous proposer un deuxième avis auprès d’un chirurgien orthopédique qui pourra vous présenter l’option chirurgicale.
Si vous acceptez sa proposition, il vous prescrira des examens complémentaires nécessaires à votre prise en charge : une prise de sang, des radiographies si les vôtres ne sont pas récentes, et éventuellement une IRM du genou. Il vous adressera en consultation d’anesthésie si cela est nécessaire. L’intervention sera programmée après un délai de réflexion pendant lequel vous pouvez lui poser des questions supplémentaires, ou simplement changer d’avis si vous le désirez. Une ordonnance pour les médicaments qui vous seront utiles après l’intervention vous sera remise dès à présent, afin de préparer les suites de l’intervention.
Si vous ne souhaitez pas de traitement, il conviendra avec vous d’un suivi médical si cela est nécessaire.
Le jour de l’intervention, vous serez reçu en Hôpital de Jour ou Unité de Chirurgie Ambulatoire. Une fois les formalités administratives faites, vous vous revêtirez d’une tenue de bloc. Une perfusion sera posée, afin de pouvoir vous administrer des médicaments si nécessaire.
Vous serez ensuite accompagné au bloc opératoire, dans une salle d’angiographie répondant à des normes d’hygiène strictes. Votre médecin et le reste de l’équipe feront toutes les vérifications d’usage afin de vous garantir sécurité et sérénité. Si nécessaire, l’anesthésiste s’occupera de vous détendre et rendre l’intervention le plus confortable possible.
Votre radiologue réalisera une anesthésie locale efficace du point de ponction, puis il insérera un cathéter dans vos artères, qu’il conduira jusqu’aux artères alimentant votre genou. Il injectera l’agent embolique afin de boucher les vaisseaux malades alimentant l’arthrose, tout en préservant la vascularisation saine alimentant les organes voisins.
Il retirera ensuite le cathéter et réalisera une compression avec sa main afin de permettre la cicatrisation de l’artère par laquelle le matériel a été introduit, puis posera un pansement compressif. L’intervention dure environ 1 heure 30.
Vous serez ensuite raccompagné vers votre chambre, après un passage en salle de réveil si nécessaire. Vous resterez sous surveillance pendant environ 6 heures pour une voie fémorale, et pourrez ensuite regagner votre domicile.
Après votre intervention, le suivi sera coordonné par votre radiologue. Il est possible que vous ressentiez un syndrome post-embolisation. Celui-ci dure quelques jours au maximum. Il se caractérise par des douleurs modérées, peu intenses. Des médicaments vous ont été prescrits afin de limiter ce syndrome post-embolisation et garantir votre confort. Des consignes vous auront été données notamment sur les signes qui doivent vous amener à consulter précocement votre médecin : apparition d’une fièvre, apparition d’une tuméfaction au point de ponction.
Rapidement, au bout de quelques jours, vous allez constater une amélioration progressive de vos douleurs. Cette amélioration va se poursuivre pendant plusieurs semaines, avant de se stabiliser et vous soulager durablement. Il est souhaitable que vous réalisiez la kinésithérapie que votre radiologue vous aura prescrit, afin d’augmenter au maximum les bénéfices de l’intervention.
Votre médecin reste disponible pour vous recevoir après l’intervention si besoin. Une consultation systématique sera organisée à 1 mois et à 6 mois afin de s’assurer de l’évolution favorable de vos symptômes et de l’absence de complication. Un suivi sur le long terme sera alors mis en place.
Les principaux essais cliniques ne retrouvent aucune complication grave secondaire à cette procédure. Comme pour tout traitement, y compris médicamenteux, des complications peuvent tout de même survenir, bien que rares. Celles-ci sont :
Dernière mise à jour le 02/03/2026 par le Docteur Pierre-Marie Chiaroni