La prostate est une glande présente chez l’homme, située sous la vessie et entourant l’urètre. Elle participe à la production du liquide du sperme. Son volume normal correspond approximativement à celui d’une noisette. Avec l’âge, la prostate a tendance à augmenter de volume, sans qu’il s’agisse d’un cancer: on parle d’hypertrophie bénigne de prostate, ou adénome prostatique.
Cette augmentation de volume va être plus ou moins importante d’une personne à l’autre. En augmentant de volume, cet adénome prostatique peut comprimer l’urètre et engendrer des symptômes. Ces symptômes vont être d’intensité très variable d’une personne à l’autre, même à volume prostatique égal.
Oui! Avoir une prostate augmentée de volume est extrêmement fréquent, et augmente avec l’âge. Entre 41 et 50 ans, environ 23% des hommes sont concernés, et ce chiffre monte à 88% entre 81 et 90 ans. Tous ne présentent pas de symptômes, et parmi ceux présentant des symptômes, seule une partie présente des symptômes sévères. Une étude britannique rapporte que seuls 3,5% des hommes de 45 à 49 ans présentent des symptômes, sévères ou non, en rapport avec une hypertrophie bénigne de prostate, alors que plus de 30% des hommes de plus de 85 ans sont concernés.
Du fait de la compression exercée sur l’urètre, l’hypertrophie bénigne de prostate peut entraîner des symptômes « du bas appareil urinaire », le bas appareil urinaire correspondant à la vessie et à l’urètre. Les symptômes possibles sont :
L’association à une dysfonction sexuelle est fréquente. Les symptômes peuvent être évalués à l’aide de questionnaires standardisés: le score IPSS pour les symptômes urinaires et le score IIEF15 pour les symptômes sexuels.
En plus des symptômes altérant votre qualité de vie, l’hypertrophie bénigne de prostate peut entraîner des complications pouvant être graves. Celles-ci sont :
L’examen clinique et l’examen des urines (afin d’éliminer une infection) sont théoriquement suffisants pour poser le diagnostic d’hypertrophie bénigne de prostate. En pratique, votre médecin aura souvent recours à des examens complémentaires pour confirmer le diagnostic, rechercher des complications pouvant être asymptomatiques, et effectuer un dépistage du cancer de la prostate, qui concerne les hommes dans la même tranche d’âge.
L’échographie des reins, de la vessie et de la prostate va permettre de quantifier le volume de la prostate, de rechercher des configurations anatomiques particulières comme la présence d’une protrusion de la prostate vers la vessie (appelée « lobe médian »), de rechercher un retentissement sur la vessie et sur les reins, et de mesurer le résidu post-mictionnel correspondant à votre aptitude à vidanger intégralement votre vessie.
Le bilan biologique éliminera une infection urinaire, évaluera le retentissement sur vos reins, et permettra de dépister un éventuel cancer de la prostate par dosage du PSA si nécessaire.
D’autres examens peuvent être utiles selon votre situation.
Plusieurs médicaments peuvent avoir une action bénéfique sur les symptômes urinaires.
La phytothérapie a une efficacité modeste, mais ne présente pas d’effet indésirable. Le rapport bénéfice/risque rend donc son utilisation possible dans cette indication.
Les α-bloquants agissent par diminution du tonus de l’urètre postérieur. Ils peuvent en revanche provoquer une hypotension orthostatique (chute de la pression artérielle lorsqu’on se lève) et des maux de tête. Des précautions doivent être prises chez les patients d’un âge plus avancé, et ceux présentant une hypertension artérielle traitée.
Les inhibiteurs de la 5α-réductase diminuent le volume de la prostate. Ils sont efficaces après plusieurs mois d’utilisation. Parfois, ils peuvent entraîner des troubles de l’érection et une diminution de la libido.
Les inhibiteurs de la phosphodiestérase de type 5 ont une efficacité sur les symptômes urinaires en plus de traiter une éventuelle dysfonction érectile associée. Ils peuvent engendrer une hypotension artérielle et sont contre-indiqués chez les patients traités par dérivés nitrés.
L’embolisation des artères prostatiques est une technique mini-invasive pour traiter durablement l’hypertrophie bénigne de prostate. Cette intervention est pratiquée depuis plus de 10 ans, nous octroyant un recul important. Elle consiste à insérer, sous anesthésie locale et/ou sédation, un cathéter de moins de 2 mm de diamètre dans le système artériel, soit en passant par l’artère fémorale commune au pli de l’aine, soit en passant par l’artère radiale au poignet gauche. Le cathéter est amené dans les artères prostatiques à droite et à gauche. Des appareils d’imagerie sont utilisés et du produit de contraste iodé est injecté pour que votre médecin puisse se repérer dans votre arbre vasculaire, et pour confirmer le bon positionnement du cathéter. Une fois en place, des microsphères (particules sphériques dont le diamètre est inférieur à 500 µm) sont injectées afin d’occlure la microcirculation alimentant l’adénome de prostate, sans léser les organes adjacents (vessie, verge, rectum). En réponse à cette privation, la prostate va rapidement diminuer de volume sur les semaines qui suivent l’intervention. Cela va permettre de lever la compression sur l’urètre, et va donc diminuer rapidement et efficacement vos symptômes.
Cette intervention est indolore et ne laisse aucune cicatrice. Pendant une période de 1 à 5 jours, vous ressentirez de façon normale et habituelle un syndrome post-embolisation caractérisé par une envie d’uriner plus fréquente que d’habitude et des sensations de brûlures pendant la miction. Ce syndrome post-embolisation ne correspond pas à une complication, et est au contraire le signe qu’un traitement agressif sur votre adénome prostatique a bien été réalisé.
Les bénéfices attendus de cette procédure sont une diminution de vos symptômes urinaires, une amélioration de votre qualité de vie et une préservation de votre sexualité. Dans l’étude PARTEM, une diminution moyenne du score IPSS de 10 points a été observée. La qualité de vie a également été évaluée (dernier item du score IPSS), et le score QoL diminue en moyenne de 2,8 après embolisation, soit une franche amélioration de la qualité de vie. Enfin, une augmentation moyenne du score IIEF15 de 8,2 a été observée, témoignant d’une amélioration de la fonction érectile et de la sexualité.

Angiographie d'une artère prostatique, étape préalable à l'embolisation et réalisée juste avant cette dernière. Les vaisseaux apparaissent en gris foncé / noir. Cette étape permet de vérifier le bon positionnement du cathéter, et s'assurer que seule la prostate est alimentée par les vaisseaux qui vont être occlus.
La chirurgie est une technique pour traiter de façon radicale l’hypertrophie bénigne de prostate. Celle-ci se fait dans l’immense majorité des cas par voie endoscopique, en passant par les voies naturelles: l’urètre. Un endoscope est inséré dans l’urètre jusqu’à l’urètre prostatique. Il existe de nombreuses variantes de cette technique (TURP, HoLEP, vaporisation au laser greenlight, …). Si les détails du matériel utilisé changent, le principe général de ces techniques reste le même : au travers de l’endoscope, le chirurgien va « gratter » l’adénome de prostate afin d’élargir l’espace disponible au niveau de l’urètre prostatique. Cela permet de lever l’obstacle sur les voies urinaires.
La chirurgie est une technique efficace pour réduire vos symptômes urinaires. Votre chirurgien urologue sera plus à même de vous expliquer si vous êtes éligible à cette technique, ainsi que le déroulement d’une chirurgie et ses risques associés.
Les études comparant l’embolisation et la chirurgie ne mettent pas en évidence de différence statistique sur le score IPSS, qui correspond aux symptômes subjectifs que vous ressentez. Les paramètres objectifs (débitmétrie) semblent meilleurs après une chirurgie. En revanche, les risques de complications sont légèrement plus faibles après une embolisation. Une différence notable est la préservation de l’éjaculation après embolisation. En résumé, les deux techniques sont très efficaces, chacune avec ses avantages et ses inconvénients, et le choix dépendra avant tout de votre préférence.
Au cours d’une consultation, votre radiologue confirme le diagnostic. Il évalue la sévérité de vos symptômes et recherche des éventuelles complications. Il s’assure de l’absence de diagnostic différentiel. Il vous explique alors les différentes stratégies de prise en charge possibles. Si vous êtes éligible, il vous explique le déroulement de l’embolisation, les bénéfices attendus ainsi que les risques encourus. Il s’assurera avec vous que le traitement qu’il vous propose répondra à vos attentes et à la problématique qui est la vôtre. Il répond à l’ensemble des questions que vous poserez. Si besoin, il ajustera vos médicaments. Enfin, il vous proposera de prendre un deuxième avis, si vous le souhaitez et si ce n’est pas déjà fait, auprès d’un chirurgien urologue qui pourra vous présenter les autres traitements possibles.
Si vous acceptez sa proposition de prise en charge, il vous prescrira des examens complémentaires nécessaires à votre prise en charge : un examen cytobactériologique des urines, un dosage de la fonction rénale et du taux de PSA, un angioscanner pour la planification opératoire et le choix de la voie d’abord, et une IRM prostatique si besoin. Il vous adressera en consultation d’anesthésie si cela est nécessaire. L’intervention sera programmée si les examens confirment l’indication et l’absence de contre-indication. Vous aurez ainsi un délai de réflexion pendant lequel vous pourrez lui poser des questions supplémentaires, ou simplement changer d’avis si vous le désirez. Une ordonnance pour les médicaments qui vous seront utiles après l’intervention vous sera remise au cours de cette consultation, afin de préparer les suites de l’intervention.
Si vous ne souhaitez pas de traitement, il conviendra avec vous d’un suivi médical si cela est nécessaire.
Le jour de l’intervention, vous serez reçu en Hôpital de Jour ou Unité de Chirurgie Ambulatoire. Une fois les formalités administratives faites, vous vous revêtirez d’une tenue de bloc. Une perfusion sera posée, afin de pouvoir vous administrer des médicaments si nécessaire.
Vous serez ensuite accompagné au bloc opératoire, dans une salle d’angiographie répondant à des normes d’hygiène strictes. Votre médecin et le reste de l’équipe feront toutes les vérifications d’usage afin de vous garantir sécurité et sérénité. Si nécessaire, l’anesthésiste s’occupera de vous détendre et rendre l’intervention le plus confortable possible.
Votre radiologue réalisera une anesthésie locale efficace du point de ponction, puis il insérera un cathéter dans vos artères, qu’il conduira jusqu’aux artères alimentant l’adénome prostatique. Il injectera les microsphères afin de boucher la microcirculation alimentant l’adénome, tout en préservant la vascularisation saine alimentant les organes voisins.
Il retirera ensuite le cathéter et réalisera une compression avec sa main afin de permettre la cicatrisation de l’artère par laquelle le matériel a été introduit, puis posera un pansement compressif. Alternativement, si un abord radial avait été choisi, un bracelet compressif sera posé. L’intervention dure environ 1 heure 30.
Vous serez ensuite ramené dans votre chambre, après un passage en salle de réveil si nécessaire. Vous resterez sous surveillance pendant environ 6 heures pour une voie fémorale, ou 2 heures pour une voie radiale, et pourrez ensuite regagner votre domicile.
Après votre intervention, le suivi sera coordonné par votre radiologue. Il est habituel que vous ressentiez un syndrome post-embolisation. Celui-ci dure 1 à 5 jours. Il est le témoin qu’un traitement agressif sur votre prostate a eu lieu, et ne constitue aucunement un signe que quelque chose s’est mal passé. Il se caractérise par une envie d’uriner plus fréquente qu’habituellement, et des sensations de brûlures à la miction. Des médicaments vous ont été prescrits afin de limiter ce syndrome post-embolisation et garantir votre confort. Des consignes vous auront été données notamment sur les signes qui doivent vous amener à consulter précocement votre médecin : apparition d’une fièvre, blocage complet des urines, apparition d’une boule au point de ponction.
Rapidement, à partir de la deuxième semaine, vous allez constater une amélioration progressive de vos symptômes urinaires. Cette amélioration va se poursuivre pendant plusieurs semaines, avant de se stabiliser et vous soulager durablement.
Si vous étiez porteur d’une sonde urinaire à demeure avant l’intervention, une tentative d’ablation de la sonde sera réalisée dès J15 de l’intervention. Il faut parfois plusieurs tentatives avant de pouvoir la retirer définitivement : si la reprise de la miction spontanée n’a pas lieu après la première ablation, une nouvelle tentative sera réalisée chaque semaine jusqu’au succès.
Votre médecin reste disponible pour vous recevoir après l’intervention si besoin. Une consultation systématique sera organisée à 3 mois afin de s’assurer de l’évolution favorable de vos symptômes et de l’absence de complication. Un suivi sur le long terme sera alors mis en place.
‘utilité d’un traitement va dépendre de l’intensité des symptômes et de la présence ou non de complications. Jusqu’à récemment, le raisonnement schématique était le suivant:
Plus récemment, en 2023, l’essai randomisé contrôlé PARTEM a été publié dans le journal Lancet Regional Health, montrant une supériorité de l’embolisation des artères prostatiques par rapport à un traitement médical par bi-thérapie (diminution plus importante des symptômes urinaires, amélioration de la fonction sexuelle), sans complication significative. Cette nouvelle étude renforce notre conviction que les traitements radicaux mini-invasifs peuvent bénéficier à un nombre de plus en plus important de patients.
Bien sûr, rien ne saurait remplacer une consultation avec votre médecin qui prendra en compte votre situation particulière.
Une étude récente de 2022 menée par un opérateur expérimenté rapporte, sur 300 patients, l’absence de complication grave. Comme pour tout traitement, y compris médicamenteux, des complications peuvent tout de même survenir, bien que rares. Celles-ci sont :
Dernière misè à jour le 02/04/2026 par le Docteur Pierre-Marie Chiaroni.